Claire, vous voyagez et créez du contenu depuis plus de 8 ans avec Clairexplore : comment résumeriez-vous votre approche du voyage « authentique » et en quoi cette vision façonne concrètement votre présence en ligne et vos choix éditoriaux ?
Pour moi, un voyage authentique n'est pas forcément un voyage loin de tout ou sans touristes. C'est avant tout un voyage qui permet de comprendre une destination, de rencontrer les personnes qui y vivent, de découvrir sa culture et de vivre des expériences qui ont du sens.
Depuis plus de huit ans, j'essaie de montrer qu'un voyage ne se résume pas à une succession de lieux "instagrammables". Je passe énormément de temps à préparer mes itinéraires, à échanger avec les habitants, à tester les activités, les hébergements et les restaurants afin de partager des conseils réellement utiles. J'aime aussi mettre en lumière des régions moins connues ou proposer un autre regard sur des destinations très populaires.
Cette philosophie guide tous mes choix éditoriaux. Je privilégie des contenus pratiques, détaillés et honnêtes, qui permettent aux voyageurs d'organiser facilement leur séjour tout en les encourageant à sortir des itinéraires classiques. Mon objectif n'est pas seulement de donner envie de partir, mais aussi de donner les clés pour vivre une expérience plus riche, plus responsable et plus immersive.
Vous testez, comparez et analysez chaque destination pour proposer des guides très pratiques, comme ceux que vous avez consacrés à la Martinique (Montagne Pelée, Prêcheur–Grand'Rivière, Savane des Pétrifications, Presqu’île de la Caravelle). Concrètement, à quels moments décidez-vous qu’une expérience est suffisamment « vraie » et alignée avec vos valeurs pour mériter d’être mise en avant dans vos contenus ?
Je me pose toujours la même question : est-ce que je recommanderais cette expérience à un ami qui part demain ? Si la réponse est oui, alors elle a sa place dans mes guides.
Je privilégie les expériences qui permettent de découvrir une destination en profondeur : une randonnée qui révèle un paysage spectaculaire, une rencontre avec un artisan ou un guide passionné, une expérience marquante, une adresse tenue par des locaux ou un lieu qui raconte une partie de l'histoire et de l'identité du territoire. À l'inverse, je n'hésite pas à écarter des activités pourtant très populaires si je les trouve décevantes, surévaluées ou peu respectueuses de leur environnement.
En Martinique, cela s'est traduit par le choix de mettre en avant des lieux comme la traversée entre Le Prêcheur et Grand'Rivière, la Montagne Pelée (version lever de soleil et montée en solo à la frontale), la Savane des Pétrifications ou encore la Presqu'île de la Caravelle. Ce sont des sites qui offrent une véritable immersion dans la diversité des paysages martiniquais et permettent de mieux comprendre le caractère de l'île, au-delà des plages les plus connues.
Au fond, je cherche toujours à créer des contenus utiles, sincères et fiables. Si une expérience apporte une vraie valeur au voyageur et reflète l'âme d'une destination, alors elle mérite d'être recommandée.
Votre compte Instagram réunit 45 000 abonnés et vous avez exploré plus de 50 pays : comment gérez-vous la tension entre le besoin de « performativité » sur les réseaux (esthétique, likes, algorithmes) et votre volonté de montrer les coulisses réelles d’un voyage, avec ses ratés, ses imprévus et ses zones d’ombre ?
53000 abonnés* :) Les réseaux sociaux récompensent souvent les images parfaites, les paysages spectaculaires et les formats très rythmés. Bien sûr, j'en connais les codes, mais je fais attention à ce qu'ils ne prennent jamais le dessus sur le fond.
J'essaie de montrer une vision plus complète du voyage. En story, je partage beaucoup les coulisses : les réveils à l'aube, les galères, les changements de programme ou les moments de doute, parce que c'est aussi ça, voyager.
Je pense notamment à mon ascension de la Montagne Pelée au lever du soleil. Je suis partie seule, de nuit, avec une frontale. Il n'y avait personne sur le sentier. En arrivant au sommet, tout était plongé dans le brouillard, j'avais froid et je me suis demandé si l'effort en valait la peine. Finalement, les nuages se sont ouverts quelques minutes plus tard et j'ai assisté à l'un des plus beaux levers de soleil de ma vie. J'ai partagé toute cette attente en story, pas seulement le résultat final. Pour moi, raconter ces moments rend le voyage beaucoup plus authentique que de ne montrer que la photo parfaite.
C'est cette transparence qui crée la confiance avec ma communauté. Elle sait que lorsque je recommande une destination, c'est parce que je l'ai réellement vécue, avec ses moments magiques... mais aussi ses imprévus.
Vous dites aider les voyageurs à s’éloigner du tourisme de masse. À votre niveau, comment évitez-vous de contribuer malgré vous à la surmédiatisation de certains lieux, notamment en Martinique, tout en continuant à partager des « pépites » et à développer votre audience en ligne ?
C'est une question que je me pose souvent. Mon objectif n'est pas de "révéler un spot secret" qui sera saturé quelques semaines plus tard, mais plutôt d'encourager une autre façon de voyager.
Il existe souvent différentes manières de découvrir un même lieu. En Martinique, par exemple, j'ai choisi de monter à la Montagne Pelée au lever du soleil, en partant de nuit à la frontale. L'expérience est complètement différente : on profite du calme, on croise très peu de monde et on vit un moment unique.
J'aime aussi mettre en avant des expériences qui permettent de découvrir un territoire autrement, comme le kitesurf au Vauclin, ou encore des randonnées plus sauvages, comme la traversée entre Le Prêcheur et Grand'Rivière, qui restent beaucoup moins fréquentées que les sites les plus connus.
Je pense que le rôle d'un créateur de contenu n'est pas seulement de montrer où aller, mais aussi comment voyager de manière plus respectueuse, en variant les lieux, les horaires, les saisons, et les expériences. C'est souvent cette approche qui permet de vivre les plus beaux souvenirs, tout en limitant la concentration des visiteurs aux mêmes endroits, au même moment.
Votre blog regorge de conseils très concrets (préparation, équipement, budget) pour les longs voyages et tours du monde. Si l’on prend un exemple précis comme un séjour en Martinique, comment traduisez-vous ces conseils généralistes en un récit et des contenus qui restent personnels, incarnés, tout en restant utiles à grande échelle pour vos lecteurs ?
J'essaie toujours de trouver le bon équilibre entre le récit personnel et le guide pratique. Mon expérience sert de point de départ, mais je ne veux pas qu'elle soit uniquement centrée sur moi : je veux qu'elle aide le lecteur à préparer son propre voyage.
Je n'hésite d'ailleurs pas à raconter aussi les imprévus. Lors de la randonnée entre Le Prêcheur et Grand'Rivière, je me suis trompée de sentier à un moment. Comme j'étais seule et sans réseau, j'ai préféré faire demi-tour avant de retrouver le bon itinéraire. Cette expérience m'a permis d'identifier les passages qui prêtent à confusion et les erreurs les plus fréquentes. Au lieu de la cacher, je l'ai intégrée à mon guide pour expliquer précisément où être vigilant, quels repères suivre et comment bien préparer cette randonnée.
C'est exactement ma façon de travailler : transformer chaque expérience, même lorsqu'elle ne se déroule pas comme prévu, en conseils concrets. J'accompagne toujours mes récits d'informations pratiques : quel itinéraire choisir, le niveau de difficulté, le matériel à prévoir, le budget, les erreurs à éviter ou le meilleur moment pour partir.
C'est cette combinaison qui, selon moi, rend un contenu à la fois vivant et utile. Les lecteurs peuvent s'identifier à une expérience réelle, tout en repartant avec toutes les informations nécessaires pour organiser leur propre séjour. Mon objectif est qu'ils aient l'impression de recevoir les conseils d'une amie qui a déjà testé la destination, plutôt que de lire une simple liste d'incontournables.
Avec l’évolution rapide des plateformes (Instagram, Pinterest, blog, peut-être vidéo demain), comment imaginez-vous l’avenir de la création de contenu voyage authentique : quelles nouvelles formes de récit ou de relation communauté-créateur vous semblent les plus prometteuses, et lesquelles vous inquiètent ?
Je pense que les formats vont continuer à évoluer, mais que le besoin de confiance, lui, restera le même. Aujourd'hui, on peut trouver des centaines de vidéos sur une destination en quelques secondes. Ce qui fait la différence, ce n'est plus seulement la qualité des images, mais la crédibilité de la personne qui les partage.
C'est pour cette raison que je crois beaucoup à des contenus plus approfondis, où les réseaux sociaux donnent envie de partir, tandis que le blog apporte toutes les informations pratiques pour organiser le voyage. J'aime aussi cette relation de proximité qui se crée à travers les stories, où l'on échange en temps réel et où je peux montrer les coulisses, répondre aux questions ou partager les imprévus.
Ce qui m'inquiète davantage, c'est la standardisation des contenus. Avec les algorithmes et l'intelligence artificielle, on voit de plus en plus de créateurs produire les mêmes images, les mêmes itinéraires et parfois des conseils qui n'ont même pas été testés sur le terrain. Je pense qu'à l'avenir, les voyageurs auront de plus en plus besoin de repères fiables et de créateurs qui assument une véritable expertise, fondée sur leur propre expérience. C'est cette authenticité-là qui, selon moi, fera la différence.
Pour finir, quel message aimeriez-vous adresser à quelqu’un qui rêve de voyager davantage et de partager ses aventures en ligne, mais qui a peur de « ne pas être assez intéressant » ou de se perdre dans les codes parfois très formatés des réseaux sociaux ?
Je lui dirais qu'il n'a pas besoin de vivre des aventures extraordinaires pour intéresser les autres. Ce qui touche le plus, ce n'est pas forcément de partir à l'autre bout du monde, mais de raconter une expérience avec sincérité et d'apporter quelque chose d'utile.
Au début, on a tous tendance à vouloir reproduire ce qui fonctionne sur les réseaux sociaux. C'est normal. Mais ce qui permet de durer, ce n'est pas de suivre les tendances : c'est de trouver sa propre manière de raconter les voyages. Certains excellent en vidéo, d'autres en photo, d'autres encore à travers leurs récits ou leurs conseils sur leur site internet.
Je crois aussi qu'il ne faut pas avoir peur de montrer les coulisses. Ce sont souvent les galères, les doutes ou les imprévus qui créent les plus belles histoires et les échanges les plus authentiques avec une communauté.
Au fond, je pense que les gens ne suivent pas un paysage, ils suivent un regard sur le monde. Et ce regard, personne d'autre ne peut l'avoir à votre place.
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